entre filet de sécurité et zones d’ombre
Tout était calculé.
En juillet dernier, je suis tombé en situation d’itinérance. Dans le contexte que je vivais à ce moment-là, il m’était impossible de rester dans la rue, de louer un logement ou même d’aller temporairement chez un ami. Les options réalistes étaient pratiquement inexistantes.
C’est dans ce contexte que La Hutte est devenue un outil indispensable, un lieu dont je ne pouvais tout simplement pas me passer. La présence constante d’intervenants sociaux, l’accès à des logements abordables et un environnement fortement surveillé — caméras incluses — m’ont permis de retrouver une stabilité minimale. Le contrat était clair : ne commettre aucun crime, rester sobre et conserver un emploi.
Sur ces bases, La Hutte a été un facteur déterminant de ma réussite récente. Et c’est précisément pour cette raison qu’il est important d’en parler, sans complaisance mais sans caricature.
Un colocataire de trop
Parmi les personnes avec qui j’ai partagé mon logement, il y a eu David. Il s’est installé dans l’appartement que je partageais avec quatre autres personnes. Quelques jours plus tard, un autre colocataire, Nick, quittait les lieux. Je reviendrai sur Nick dans un autre texte, mais il m’a rapidement semblé évident que ces deux personnes gravitaient dans les mêmes cercles.
David parlait très peu de sa vie personnelle. Il se limitait à quelques éléments récurrents, notamment la violence qu’il disait vouloir exercer envers son ex-femme. Il évoquait également, à plusieurs reprises, une date précise : le 31 octobre 2025. Une journée qu’il attendait avec impatience, affirmant qu’il pourrait enfin « partir ». Vers où, pour quoi, il ne l’a jamais clairement expliqué.
Très rapidement, j’ai pris mes distances. Son comportement avait un effet direct sur mon quotidien. Il me montrait régulièrement des sacs de comprimés d’amphétamines, parlait de crack de manière obsessionnelle et affirmait ouvertement à d’autres résidents que si je n’avais pas d’argent, c’était parce que je le dépensais en drogue — ce qui était faux.
À plusieurs reprises, je lui ai clairement demandé d’arrêter ce genre de discussions. Il a persisté. Résultat : je ne me sentais plus bien chez moi, dans le seul endroit où je devais pourtant pouvoir me sentir en sécurité.
Ces comportements ont duré jusqu’au 31 octobre 2025, date à laquelle David a quitté les lieux, comme il l’avait annoncé.
Un problème plus large
David n’est pas un cas isolé. Il représente un exemple parmi d’autres de personnes qui, à mon sens, n’ont pas leur place dans un milieu comme La Hutte et qui occupent des lits dont d’autres auraient réellement besoin.
Je me suis permis de parler de lui parce qu’il ne réside plus ici et que cela ne relève plus de la confidentialité. Concernant les résidents actuels, je respecterai cette limite. Mais il est difficile d’ignorer que plusieurs personnes — plus de cinq, selon mon observation — présentent des parcours nébuleux, s’intègrent peu à la communauté et gravitent constamment en marge du cadre établi.
Il suffit parfois de sortir de chez soi et de marcher quelques minutes pour reconnaître ceux qui participent à ce que plusieurs résidents appellent, entre eux, « le film ». Et leur nombre est étonnamment élevé.
Une question qui dérange
Comment expliquer, malgré une forte présence policière dans le secteur et à l’intérieur même de La Hutte, qu’il y circule autant de drogues ?
La question mérite d’être posée.
Les sommes investies dans ces dispositifs sont importantes. Pourtant, les résultats semblent limités. On est en droit de se demander si ces ressources ne pourraient pas être utilisées plus efficacement pour sortir durablement des gens de la rue et soutenir ceux qui souhaitent réellement arrêter de consommer.
Une interpellation politique
Monsieur le Ministre, maintenant que l’on sait que les ERM ont rapporté 14 millions de dollars à l’État, une question demeure :
qu’est-ce qui a été concrètement acheté avec cet argent ?
Des caméras ?
Des patrouilles ?
Ou de réelles solutions à long terme pour les personnes les plus vulnérables ?
Parce que sur le terrain, les contradictions restent nombreuses.
