Ce qu’on ne voit pas de l’Escouade régionale mixte
Derrière les grandes opérations policières et les conférences de presse soigneusement orchestrées, le travail des Escouades régionales mixtes se déroule le plus souvent loin des projecteurs. Sur le terrain, l’enquête commence rarement avec des sirènes. Elle débute plutôt dans le silence, à l’intérieur de dizaines de véhicules banalisés qui s’ajoutent au flot normal de la circulation afin de camoufler la présence policière.
Ces voitures ne ressemblent en rien à des véhicules d’intervention. Certaines sont usées, d’autres franchement banales. Au volant, pas nécessairement des silhouettes associées à l’image classique du policier : on y croise parfois des personnes âgées, des conducteurs à l’allure ordinaire, des visages qui pourraient être ceux de vos voisins. Tout est calculé pour éviter d’attirer l’attention et permettre aux enquêteurs de se fondre dans le décor urbain.
Comment ces personnes sont recrutées, encadrées ou convaincues de participer à ce ballet discret demeure une question à laquelle peu de réponses sont rendues publiques. Les autorités parlent rarement de ces méthodes, invoquant la sécurité des opérations. Une chose est certaine : la stratégie fonctionne. À force de présences répétées, de voitures stationnées au même endroit, d’observations prolongées, le climat d’un quartier peut rapidement changer.
Pour les citoyens qui ignorent tout de l’enquête en cours, ces allées et venues suscitent l’incompréhension, parfois la suspicion. Les regards se durcissent, les rumeurs circulent, et la cible de l’enquête peut avoir l’impression que toute la ville est contre elle. C’est l’un des paradoxes du travail policier clandestin : pour protéger la population, il faut parfois accepter d’en troubler temporairement la confiance.
