2026/01/05 at 2:49 am
Salle de diner, maquillage et costumes font partie de la parade !
Chronique d’un sentiment de surveillance ordinaire
« C’est une grand-mère, c’est sûr qu’elle ne te suit pas. »
C’est une phrase que j’ai entendue plus de fois que je peux les compter, souvent de la bouche de policiers. Et pourtant, dès le début, ce sont principalement des papies et des mamies que je remarquais autour de moi.
Ils semblaient attendre près de leur voiture dans des espaces publics, puis entraient dans les commerces en même temps que moi. Une méthode efficace, si on y pense : qui soupçonnerait une grand-mère de faire de la filature ? L’image est rassurante, presque invisible.
Cela fait maintenant près de cinq ans que je remarque cette présence récurrente de personnes âgées autour de moi, sans réellement comprendre ce qui se passait. Longtemps, j’ai douté de mes propres perceptions. Mais tout a basculé après un événement troublant survenu à Montréal.
L’épisode du Parc Jarry
En juillet dernier, je me suis retrouvé en situation d’itinérance. La dame chez qui je logeais avait vendu sa maison, et je n’ai pas eu le temps de me reloger. J’avais trouvé un petit emploi près du parc Jarry, ce qui m’amenait à emprunter fréquemment la ligne bleue du métro.
À cette époque, par crainte pour ma sécurité, je dormais parfois sur le terrain de postes de police. J’ai choisi le poste de quartier 31 (PDQ 31) du SPVM, situé sur l’avenue de l’Esplanade.
Un matin, à mon réveil, j’ai remarqué un convoi de roulottes de production cinématographique appartenant à la compagnie Star Suite, installé à proximité. Curieux — et intéressé par le monde du cinéma — je me suis approché pour demander quel film était en tournage. On ne m’a jamais répondu.
Ce qui m’a surpris, c’est l’absence de panneaux de stationnement temporaire, normalement obligatoires lors d’un tournage. Tout au long de la journée, j’ai observé des allers-retours constants entre le bâtiment d’Hydro-Québec, le poste de police et le parc Jarry. Plusieurs visages me semblaient familiers, ce qui a éveillé mon attention.
Des détails troublants
À la tombée de la nuit, j’ai commencé à observer les détails : sur certaines portes des roulottes — notamment celle du maquillage — on pouvait lire des inscriptions comme mamies, papies, hommes, femmes. Le convoi était surveillé par un agent de sécurité installé dans un véhicule, qui n’en est jamais sorti malgré mes déplacements autour des installations.
Dans un climat que je perçois depuis longtemps comme un jeu du chat et de la souris, j’ai volontairement provoqué une réaction en arrêtant brièvement la génératrice du site. J’ai filmé la scène, en commentant le traitement soigné réservé à ces « comédiens » avant leur entrée en scène, et j’ai publié la vidéo sur YouTube.
Le lendemain matin, le convoi avait disparu.
Questions sans réponses
Je n’ai jamais su où ces installations ont été déplacées. Mais cette disparition soudaine a renforcé mon questionnement. Si ces personnes sont maquillées, habillées et encadrées par des professionnels, cela pourrait expliquer pourquoi tant de profils se ressemblent.
Je sais que le SPVM a déjà évoqué le caractère stratégique de ce secteur, notamment en raison de l’accès rapide au métro, aux autobus et au parc Jarry. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’interroger sur la proximité entre certains lieux institutionnels… et ces présences répétées que j’observe depuis des années.
Peut-être que je me trompe. Je le reconnais. Mais, de mon point de vue, il semble exister un lien étroit entre le monde du cinéma et une forme de surveillance qui ne correspond pas à l’image traditionnelle du travail policier.
Mes recherches m’ont également appris qu’il est possible, pour des productions, de louer des véhicules d’urgence ou des voitures de police factices. Cette frontière floue entre fiction et réalité soulève, chez moi, un malaise profond.
Pourquoi écrire tout cela
Ce qui me choque, avant tout, c’est l’idée que des civils — comédiens ou non — puissent suivre ou intimider une personne. Qu’il s’agisse d’une réalité objective ou d’un ressenti subjectif, l’impact psychologique, lui, est bien réel.
Si j’écris ce texte, c’est parce que ces coïncidences sont trop nombreuses pour être simplement ignorées. Ce journal personnel sert aussi à documenter mon vécu en vue d’une plainte en déontologie policière. Mon histoire paraît invraisemblable, j’en suis conscient. Mais l’absence d’écoute et de soutien rend le silence encore plus lourd à porter.
Écrire devient alors un moyen de laisser une trace.

Voici l’example d’une mamie au travail qui comme les autres, cache sa plaque en ouvrant sa valise.
