SAAQclic : Je me souviens (68)


Quand la modernisation devient un risque collectif

Pour moi, SAAQclic est l’exemple parfait d’un gouvernement qui prend sa population pour des imbéciles.

Je parle ici en tant que citoyen, mais aussi en tant que professionnel ayant étudié et travaillé en informatique et en télécommunications. J’ai complété un D.E.P. en télécommunication, travaillé chez Bell comme installateur résidentiel et poursuivi une formation au cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu afin d’obtenir une certification Cisco CCNA. Autrement dit, je comprends comment des systèmes critiques devraient être conçus, testés et déployés.

Et justement, ce qui s’est produit avec SAAQclic n’aurait jamais dû arriver.


Une panne de service injustifiable

Une paralysie complète de la SAAQ pendant près de 30 jours est tout simplement inacceptable.

Des millions de dollars ont été investis pour analyser la migration et l’implantation du nouveau système. Lors de la commission d’enquête, un témoin a d’ailleurs expliqué clairement comment une telle transition aurait dû se faire :

  • Créer de nouvelles applications connectées aux anciens systèmes via des API
  • Tester progressivement les nouveaux modules
  • Remplacer les systèmes existants un à la fois, sans jamais interrompre les services essentiels

C’est une approche standard, reconnue et éprouvée.

Pourtant, la SAAQ a été complètement paralysée : impossible de vendre ou d’acheter un véhicule, de transférer une propriété, de payer un permis ou d’effectuer des démarches de base. Tout ça pendant un mois.

Ce qui choque encore plus, c’est qu’après quelques jours seulement, il aurait été logique de revenir temporairement à l’ancien système, le temps de corriger les problèmes. Les serveurs n’avaient pas disparu. Ils n’ont pas été jetés aux ordures.

Malgré tout, on a laissé la situation durer, pendant que l’argent public continuait de couler à flots sous prétexte d’urgence.


Une panne… pas pour tout le monde

La question essentielle est la suivante : panne pour qui, exactement ?

Ce que l’on n’a pas dit publiquement, c’est que pendant cette période, il était toujours possible de se procurer des immatriculations temporaires par l’entremise de certains intermédiaires, comme ceux utilisés par les concessionnaires automobiles.

Pour 150 $, on pouvait obtenir une immatriculation temporaire valide 7 jours.
La panne ayant duré 30 jours, j’ai personnellement dû en acheter quatre, pour un total de 600 $.

Ce constat est troublant :
➡️ le système semblait fonctionner pour les vendeurs automobiles,
➡️ mais pas pour le public.

Pendant ce temps, tous les employés de la SAAQ étaient au travail, rémunérés, mais incapables de fournir des services essentiels à la population.


Un système qui ouvre la porte à la fraude

Avant SAAQclic, le processus était simple et sécuritaire :

  • Présence obligatoire en personne
  • Identification par un commis
  • Vérification du permis de conduire
  • Validation des procurations
  • Remise physique d’une plaque en aluminium et d’un certificat officiel

Ce système fonctionnait. Il limitait la fraude. Il reposait sur l’identification humaine.

Aujourd’hui, on mise presque entièrement sur des documents numériques et des impressions papier.

Soyons sérieux :
Si les fraudeurs sont capables de fabriquer de faux permis de conduire, pensez-vous qu’ils sont incapables d’imprimer une plaque temporaire sur papier ?

Pensez-vous vraiment qu’il est impossible de s’introduire dans un service d’authentification gouvernemental, d’usurper une identité et d’effectuer un transfert de propriété sans éveiller les soupçons ?

J’ai moi-même démontré, dans deux vidéos, qu’il était possible de créer un certificat d’immatriculation au nom d’une personne fictive et d’imprimer une plaque provisoire en moins de cinq minutes.

Ça n’a aucun sens.

Envoyer les plaques par la poste n’améliore ni la sécurité ni les coûts. Au contraire, cela fragilise le système.


Les véhicules fantômes sur nos routes

Aujourd’hui, des milliers de véhicules circulent avec une plaque provisoire en papier collée dans une vitre arrière — parfois teintée, parfois à peine visible.

Concrètement, ça veut dire quoi ?

  • Ces plaques sont difficiles, voire impossibles à lire pour les policiers
  • Elles sont souvent invisibles pour les caméras de surveillance
  • Elles sont faciles à falsifier

La fonction première d’une plaque d’immatriculation est d’identifier un véhicule, notamment pour prévenir et enquêter sur des actes criminels. Jusqu’à récemment, cette identification reposait sur une plaque en aluminium officielle, visible et difficile à contrefaire.

Aujourd’hui, le risque de se faire intercepter avec une fausse plaque papier est presque nul.

Tant qu’il ne se passe rien, certains diront que ce n’est pas grave.

Mais si :

  • un véhicule frappe un piéton ?
  • un accident grave survient ?
  • un vol ou un meurtre est commis ?

Comment la SAAQ pourra-t-elle indemniser les victimes si le véhicule est introuvable ?
Comment la police pourra-t-elle enquêter si un élément aussi fondamental que la plaque d’immatriculation repose sur un simple bout de papier imprimable par n’importe qui ?


Conclusion

La sécurité de tous est compromise par un projet informatique de près de 1 milliard de dollars.

SAAQclic devait être une modernisation.
Il est devenu un affaiblissement majeur de la confiance, de la sécurité et du bon sens.

Et le plus inquiétant, ce n’est pas l’erreur technique.
C’est l’acharnement à la défendre, malgré les conséquences bien réelles pour la population.

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